J’aime quand tu me parles de la guerre

Nous sommes à table.

Tu me parles de la Bretagne, de la grande maison que vous aviez là-bas. A Vannes.

Comme ton frère et toi étiez malades, les Allemands n’y sont pas restés, par peur de la contagion.

Les yeux grands ouverts, lucide, tu me racontes le passé, l’avant.

« Les gens étaient plus résistants« . C’est vrai , aujourd’hui on vit une grosse bulle, un monde aseptisé bien comme il faut. Monde dans lequel les gens tombent malade dès le contact avec le moindre microbe.

Et c’est dans ces moments que tu plonges, rêveuses, dans les souvenirs de ton père. Mais aussi de ton mari dont tu ne parles quasiment jamais. Je ne le connais presque qu’à travers la guerre ce grand-père mort dix-huit ans avant ma naissance.

Tu parles de l’Allemagne, d’Alger. Capable de raconter tout cela avec une précision qui m’étonne encore, tu me racontes que votre dogue allemand était capable de te traîner sur la plage, de t’empêcher de te noyer.

Que vous planquiez les vélos pour éviter qu’ils ne soient utilisés par les « Boches », que du coup vous faisiez les kilomètres qui vous séparaient de la plage à pied. Parfois pieds nus mais toujours de bonne humeur.

C’est drôle ce que l’on peut se raconter autour d’une table, dans l’ambiance feutrée de ton appartement surchauffé. Bien que j’aime la chaleur, vingt-quatre degrés ça m’a toujours semblé de trop et tu t’étonnes encore que je vienne en t-shirt.

J’aime bien quand tu me parles de la guerre. Mais étrangement, j’ai l’impression que je suis incapable de me souvenir d’autant de détails que toi.

Et le sentiment incompréhensible que ma grand-mère est éternelle. Cette vitalité qui l’anime fait plaisir à voir. Un moulin à paroles certes mais un moulin à belles paroles.

20 commentaires

  1. Très beau texte c est bien de ne pas oublier la dureter de la guerre pour qu elle ne se reproduise plus.

  2. Très beau texte! Je préfère tellement ce genre de post emprunts d’éternité aux gérémiades sur Mme Sébire
    :-p

  3. Très beau texte, émouvant et plein de tendresse.
    Les personnes âgées méritent tellement plus que le peu d’attention que la société leur porte.

  4. Bien écrit . Mais..

    « C’est vrai , aujourd’hui on vit une grosse bulle, un monde aseptisé bien comme il faut. Monde dans lequel les gens tombent malade dès le contact avec le moindre microbe.  »
    le « c’était mieux avant », franchement…berk…S’imaginer un passé merveilleux, peuplé de gens fort et résistants par rapport à un présent où les gens sont faibles, on connait ça depuis des millénaires, et ça n’a jamais rien eu de vrai (mais c’est une opinion tellement répandue…)

    @Arno : y’en a qu’ont pas peur de dire de la merde…enfin, c’est aussi ça, aujourd’hui, on peut dire n’importe quelle connerie et être écouté…

  5. @n0wai : je ne sais pas… tu étais en vie il y a quatre vingt ans ? Les gens mourraient plus facilement avant quand ils étaient « faibles » ça c’est sur.

    Aujourd’hui les gens sont « résistants » …grâce à la médecine. On les renforce on les répare. c’était là l’idée. Quand je regarde autour de moi, les gens qui sont malades dès qu’un petit truc leur arrive, ça me donne envie d’être en désaccord avec tes propos :=)

  6. les hypocondriaques et les malades imaginaires existaient de tout temps.
    et non, je n’ai pas eu la chance de vivre il y a 80 ans

  7. Elle lit ton blog ta Grand Mère?!
    Je suis sûre que ça lui ferait plaisir de lire ce billet… un bel hommage.

  8. J’ignore si quelqu’un t’a déjà transmis le lien, sans doute le connais-tu déjà, mais je ne résiste pas à l’envie de rappeler ici l’adresse du blog de Firmin :

    http://le-blog-de-firmin.blogspot.com/

    dans lequel j’ai trouvé le même ton que celui de ton billet, que j’aime énormément.

    Respect.

    Bien évidemment, n’hésite pas à refouler ce commentaire s’il manque gravement aux règles du blogging 😉

  9. Ta grand-mère raconte ses souvenirs et les partager sur ton blog c’est à la fois un bel hommage (je rejoins l’avis de Chloé) et en même temps très généreux.
    Mes grands-parents ont toujours soigneusement évité toute conversation abordant leur passé. La mémoire de cette guerre s’efface avec eux. Je n’ai de cette guerre qu’une mémoire livresque et documentaire. Merci Gonzague pour ce texte!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *